Questions

1 question, 3 points de vue : quel compliment vous touche le plus ?

Si vous pensez que c’est une question futile, ravisez-vous. Les compliments que l’on reçoit, tout comme ceux que l’on donne, en disent beaucoup plus sur une personne que ce qu’on voudrait bien croire.

Par Alexane Pelissou
Peinture de trois femmes
Publié le 31.10.2025 Mis à jour le 06.01.2026

Alexane Pelissou

Journaliste et autrice

Plonger dans son monde
Temps de lecture : 5 min

Complimenter est un art que peu de personnes peuvent se targuer de maîtriser. Réfléchissez : quel est le dernier compliment que l’on vous ait fait ? Portait-il sur votre apparence physique ? Sur un trait de votre personnalité ? A-t-il été prononcé dans un cadre professionnel ou personnel ? Était-il la conclusion plus ou moins naturelle d’un acte bien précis ou le fruit d’une réflexion plus profonde sur la personne que vous êtes ? Autant de questions que je me suis posées, sans forcément avoir toutes les réponses. Mais j’en suis venue à la conclusion suivante : les compliments qui nous touchent, dont on se souvient longtemps, sont révélateurs de ce qui nous importe le plus dans la vie. De quoi me donner envie d’aller à la rencontre de trois femmes, issues de trois générations différentes, pour leur poser cette même question : « Quel est le meilleur compliment que l’on puisse vous faire ? » En résultent trois témoignages très différents, qui ouvrent autant de portes qu’il n’y a de réponses. Spoiler : contrairement à l’auteur latin Plaute, aucune d’elles ne préfère un compliment menteur à une critique sincère. 

Nathalie, 37 ans : « Tu es une bonne amie »

La réflexion de Nathalie est partie d’un deuil : « À 25 ans, j’ai perdu un ami très proche. J’ai trouvé qu’il nous avait quittés trop tôt. Et je me suis dit : “Si ma vie s’arrêtait demain, j’aimerais qu’on dise de moi que j’ai été une bonne amie.” Avant d’arriver à ce constat, l’entrepreneuse de 37 ans (elle a fondé OMÔL, une marque de prêt-à-porter qui s’ancre dans son héritage camerounais) misait sur la gentillesse, avant de se rendre compte que c’est une qualité dont les autres pouvaient souvent abuser. Quand je lui demande ce que cela signifie pour elle, être une bonne amie, elle me répond : « C’est être présente pour les autres. Être une oreille attentive, oui, mais aussi donner des conseils honnêtes. C’est avoir de petites attentions envers l’autre, savoir anticiper et donner de l’espace. Dans la vie, il y a les personnes qu’on appelle en cas d’urgence. Et puis il y a celles que l’on a envie d’appeler autant en cas de crise que lorsque l’on veut partager une bonne nouvelle. » Nathalie a grandi entourée de ses sœurs – ses meilleures amies. « Mon contexte familial fait que je traite mes amitiés comme des relations familiales. Grâce à mes sœurs, je sais ce que c’est que d’être aimée. Je sais que dans l’amitié, rien n’est transactionnel. On ne donne pas pour recevoir. On donne parce qu’on partage les mêmes valeurs. C’est ça, le plus important », m’explique-t-elle. Elle me parle d’un dicton camerounais très parlant : « Où on te montre ta chaise, tu t’assoies. » Bien souvent, on prend la place que l’on nous choisit et vouloir s’en attribuer une autre est une perte de temps. Un état d’esprit qu’elle transmet à ses deux fils, âgés de 3 et 5 ans, dont elle chérit plus que tout la complicité.

Cyrielle, 41 ans : « Tu as une personnalité solaire »

Cyrielle travaille dans un milieu majoritairement masculin : celui des chantiers. Poussière, bruit, stress… Un cadre professionnel qui aurait pu la miner, si elle n’avait pas décidé de voir les choses sous un autre angle. Maître d’œuvre d’exécution, elle gère chaque jour des problèmes en trouvant des solutions. « C’est un quotidien assez stressant. Alors quand on me dit que je suis solaire, ça me conforte dans l’idée que je fais du bon travail. Parce que cet optimisme est souvent communicatif », souligne-t-elle. Ce trait de caractère, qui lui a valu le surnom de « Madame Tout va bien », elle ne l’a pas acquis avec l’expérience : elle a toujours été comme ça. Mais elle avoue l’accentuer parfois : « Je sens que ça fait du bien aux autres. Je sens que grâce à ça, on avance. Et puis ça laisse une trace chez l’autre, d’être positive comme ça. Les personnes avec qui je travaille s’en souviennent, et c’est souvent comme ça qu’ils me présentent. » Même son de cloche dans sa vie de famille, où elle rayonne tout autant : « Le seul qui est susceptible de voir mon côté plus pessimiste, c’est mon mari. Car avec mes enfants, je m’efforce le plus possible d’être un rayon de soleil. » C’est sûrement pour cela que, quand je lui demande quel est le compliment qu’elle préfère faire, elle me répond : « Tu es drôle. Je ne le dis pas forcément, mais si je ris, c’est toujours bon signe. L’humour est forcément une preuve d’intelligence, donc c’est un double compliment ! »

Inès, 51 ans, Paris : « Tu fais preuve de curiosité »

Lorsqu’on dit à Inès qu’elle est curieuse, elle y voit moins un trait de caractère qu’une vitalité qui l’accompagne depuis toujours : « Quand je fais preuve de curiosité, je me sens vivante. » Découvrir une autrice, un artiste, une langue étrangère, une ville ou encore un pays : son appétit pour la découverte n’a pas de limites. « Le fait d’être blasée est un signal fort pour moi. C’est le signe que ça ne va pas… Car mon bien-être mental s’exprime avant tout avec la curiosité », explique-t-elle. Dans son travail (elle a inauguré, avec ses sœurs, Timuntu, une boutique qui célèbre les savoir-faire du continent africain), elle cultive ce regard, en partageant avec sa clientèle des esthétiques plurielles. Un état d’esprit qu’elle transmet également à ses enfants : « Leur première porte d’entrée, ça a été les livres. Découvrir différentes histoires, ça stimule naturellement. Puis, au fil des années et selon leur âge, j’ai mis un point d’honneur à les sensibiliser au monde qui les entoure, notamment en débattant régulièrement, sans didactisme. » Elle-même a évolué dans un environnement où la curiosité était célébrée. À plus de 50 ans, elle savoure de l’avoir conservée : « Il y a un dicton qui dit que la curiosité est un vilain défaut. Mais je ne pense pas que cela soit vrai. Pour moi, c’est une qualité que l’on associe parfois à la jeunesse. Alors forcément, ça me touche qu’on le remarque. »

 

Photo de Une : Unsplash / Europeana

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