Questions

Est-ce-que votre gynécologue est un green flag ?

Examens brutaux, absence d’égards… Nombreux·ses sont les patient·es qui appréhendent un rendez-vous de gynécologie. Pour remettre la bienveillance au centre de la prise en charge, trois spécialistes partagent les signaux positifs à observer avant de (re)prendre rendez-vous.

Par Élodie Vaz
Petits jouets en plastique, scène de docteur avec son patient

Dans l’intimité d’une consultation médicale ou d’une salle d’accouchement, les femmes subissent encore trop souvent des pratiques violentes. Les études scientifiques en témoignent : l’abus dans les soins concerne environ 20 % des patientes qui consultent. Ces violences gynécologiques et obstétricales dépassent la prédation sexuelle. Négligences, infantilisation, absence de communication, menaces… La liste est longue.

Pourtant, les professionnel·le·s bienveillant·e·s existent. Anne Kammerer, sage-femme en cabinet libéral à Paris, la docteure Anne Thoury, chirurgienne en gynécologie et sénologie à la Clinique internationale du Parc Monceau et la docteure Amina Yamgnane, gynécologue-obstétricienne, cofondatrice de la Clinique des femmes, à Paris, et autrice du livre Prendre soin des femmes (Flammarion, 2024), partagent leurs pratiques pour que les patient·e·s ne se sentent plus démuni·e·s au prochain rendez-vous.

Il·elle considère la personne, pas uniquement son utérus

Contrairement aux consultations mécaniques centrées sur l’anatomie, la démarche bienveillante envisage la personne dans sa globalité. « Je demande toujours, en début de consultation, si la patiente a des attentes particulières et à la fin, s’il y a des aspects que nous n’avons pas abordés. L’objectif ? Qu’elle se sente écoutée et entendue, que la consultation corresponde à ses besoins », explique Anne Kammerer. Cette personnalisation transforme radicalement l’expérience. Fini les rendez-vous standardisés où l’on se sent réduit·e à ses organes reproducteurs.

Il·elle demande le consentement à chaque étape, même verbale

Le consentement semble acquis et pourtant, la réalité montre autre chose. « À chaque moment de la prise en charge, je détaille ce que je compte faire et pourquoi. En cas de refus, nous trouvons ensemble une alternative. Rien n’est jamais imposé », insiste Anne Kammerer.

La loi Kouchner de 2002 est claire : aucun acte médical ne peut être pratiqué sans consentement libre et éclairé. « Quand je propose un examen, j’explique mes raisons et mes hypothèses. La décision finale appartient toujours à la patiente », complète la docteure Thoury. Cette transparence rassure et permet aux patient·e·s de comprendre la logique médicale plutôt que de la subir.

Il·elle laisse la possibilité à la personne de réaliser elle-même le geste

Cette innovation apparaît comme majeure dans l’approche bienveillante : laisser les femmes réaliser certains gestes elles-mêmes. Spéculum, sonde, autoprélèvement vaginal… Cette pratique révolutionne l’examen. « Une femme connaît son corps et ses limites. Je l’accompagne et la guide, mais c’est elle qui décide du rythme », précise Anne Kammerer. Cette autonomie transforme l’examen subi en démarche active, réduisant considérablement l’angoisse et la douleur.

Il·elle laisse du temps, même dans le silence

Dans nos sociétés pressées, accorder du temps devient un acte de soin. Après un examen, se rhabiller tranquillement sans se sentir observé·e ou jugé·e, cela fait toute la différence. « Mon cabinet comprend trois espaces distincts : administration, examen clinique et intimité. J’ai même installé un accès direct aux toilettes », détaille la docteure Thoury. Le silence aussi mérite le respect. « Une question appelle une réponse, mais nous devons également ménager des espaces de réflexion et d’écoute », souligne la docteure Yamgnane. Cette temporalité apaisée permet aux émotions de s’exprimer naturellement.

Aucune parole intrusive, sexualisée ou culpabilisante

Blagues déplacées sur l’intimité, commentaires sur le poids ou la sexualité, questions intrusives... Ces attitudes toxiques n’ont pas leur place dans un cabinet médical. La bienveillance passe par une communication respectueuse, centrée sur les besoins médicaux réels. « De plus en plus de femmes souhaitent arrêter leur contraception. Notre mission ? Les accompagner dans cette réflexion, trouver des solutions adaptées, sans jamais les infantiliser », illustre la docteure Yamgnane. Cette posture d’accompagnement plutôt que d’autorité change tout.

Il·elle reconnaît vos émotions, sans les minimiser

Larmes, tension, anxiété, inquiétude... Ces réactions légitimes ne méritent ni minimisation ni phrases creuses du type « ce n’est rien ». Au contraire, elles appellent une écoute et une validation. « En oncologie, spécialité qui évoque inévitablement la mort, accueillir les émotions fait partie intégrante du soin. Cette pratique devrait s’intégrer dans toutes les disciplines », témoigne la docteure Thoury. Reconnaître le droit de ressentir de la peur, de la colère ou de la pudeur humanise la relation médicale et renforce la confiance.

Il·elle propose des alternatives en cas de gêne ou de refus

Rigidité et médecine bienveillante s’opposent. Face à une douleur ou une gêne, le·la professionnel·le adapte sa pratique en proposant un spéculum plus petit, une position différente ou un report de l’examen. « Pour les fibromes, je vois souvent des femmes refusant l’hystérectomie, même si elles n’ont plus de souhait de grossesse. Je respecte ce choix et j’explore toutes les alternatives thérapeutiques pour éviter cette solution qui pourrait être traumatisante », partage la docteure Thoury. Cette souplesse rassure, rien n’est jamais imposé, tout peut être discuté et adapté.

Il·elle évoque la possibilité de violences passées avec délicatesse

Violences sexuelles, traumatismes médicaux antérieurs… Ces blessures invisibles nécessitent un tact particulier. La question peut être posée, mais sans insistance ni curiosité malsaine. Seule compte l’adaptation de l’examen, si nécessaire. « Ma phrase type : “C’est vous la cheffe, vous décidez.” Pour les cas complexes, je travaille avec un·e kinésithérapeute spécialisé·e dans les douleurs périnéales », confie la docteure Thoury. Cette approche respectueuse redonne pouvoir et contrôle aux patient·e·s.

Il·elle rappelle le droit de changer de praticien·ne et vous oriente vers des consœurs ou confrères en vous expliquant pourquoi

Changer de gynécologue reste un droit fondamental que certains professionnels peinent à accepter. La bienveillance authentique intègre cette possibilité sans l’interpréter comme un échec personnel. « Orienter un·e patient·e vers un·e confrère ou une consœur en expliquant les raisons de ce choix fait partie de nos obligations », rappelle la docteure Yamgnane. Cette humilité professionnelle témoigne d’une véritable éthique du soin.

Il·elle vous appelle par votre prénom, pas « Madame » ou « le·la patient·e »

Détail apparemment mineur aux répercussions majeures : l’usage du prénom plutôt que d’employer « madame » ou « la patiente ». Cette pratique brise la hiérarchie médicale traditionnelle et crée une relation plus égalitaire. « J’ai adopté cette habitude dès l’ouverture de mon cabinet. Cela diminue le stress et l’anxiété tout en respectant celles qui préfèrent le vouvoiement », explique Anne Kammerer.

Il·elle ne présage pas de votre vie personnelle

Un·e soignant·e bienveillant·e s’abstient de tout commentaire ou supposition sur la vie privée. Trop souvent, des patient·e·s entendent des phrases stéréotypées du type : « Vous voulez un enfant, votre mari va être content » ou encore « à votre âge, il faudrait penser à… ». Ces projections, qu’elles soient genrées, maritales ou familiales, peuvent être blessantes et culpabilisantes. « Notre rôle n’est pas de décider de ce qui est bon pour la vie intime ou parentale d’une personne, mais de l’accompagner dans ses choix, quels qu’ils soient », souligne la docteure Yamgnane.

Des outils pour évaluer et se repérer

Dans son cabinet, la sage-femme met à disposition le baromètre des violences gynécologiques de l’association Périnée Bien-Aimé, outil précieux pour évaluer la qualité relationnelle. La docteure Thoury, elle, affiche la charte officielle de consultation rappelant les droits des patient·e·s et devoirs des soignant·e·s. Ces initiatives concrètes matérialisent l’engagement vers des soins respectueux et transparents.

 

Photo de Une : Unsplash / Annie Spratt

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